Pourquoi l’apprentissage dope l’emploi des jeunes

Lieu :
France

Longtemps mal considéré, l’apprentissage a le vent en poupe. La réforme en cours doit permettre aux entreprises de développer des formations sur les métiers dont elles ont besoin.

Après l'annonce, le 27 janvier 2020, de la plus forte baisse du chômage depuis douze ans, 3,1% en 2019 en France métropolitaine, voici une autre bonne nouvelle sur le front de l'emploi. Qu'ils soient en CAP, bac pro, BTS ou master, les apprentis, ces jeunes qui alternent une formation théorique avec un travail en entreprise, n'ont jamais été aussi nombreux.

En juin 2019, on en dénombrait 458.000, un chiffre en hausse de 8,4% par rapport à 2018, qui était déjà un excellent cru. Depuis septembre 2018 et le vote de la loi "pour la liberté de choisir son avenir professionnel", le ministère du Travail a enregistré 554 nouvelles demandes de centres de formation (CFA) sur tout le territoire.

En parallèle d'un accès facilité à la formation, via la création d'une appli accessible au plus grand nombre, la réforme a, en effet, pour ambition de multiplier les entrées en apprentissage. La création de CFA par les entreprises a été facilitée et les diplômes qu'ils délivrent sont désormais définis par les branches professionnelles.

Artisanat, boulangerie, bâtiment…

L'objectif ? Mieux "coller" aux besoins du terrain alors que, de l'industrie aux services, les recruteurs pointent le manque de profils disponibles. "L'apprentissage constitue une bonne réponse, car il permet aux entreprises de former des jeunes et de les sensibiliser à la culture maison, avant de les recruter", décrypte Bertrand Martinot, le directeur du conseil en formation chez Siaci Saint Honoré.

Et pour les jeunes concernés, c'est la quasi garantie d'avoir, à terme, un emploi durable. Actuellement, 69% des apprentis ont un emploi dans les sept mois qui suivent leur sortie de formation, un chiffre en progression constante ces dernières années - ce taux d'emploi était de 55% en 2013, souligne l'Institut supérieur des métiers. Et ce taux d'emploi augmente avec le diplôme : il atteint 82% chez les Bacs pro, et même 88% après un BTS (bac + 2).

Les apprentis sont les bienvenus dans tous les secteurs. Dans l'artisanat, qui draine "environ la moitié des apprentis, nous en avons encore recruté 3 à 4% de plus en 2019", souligne Alain Griset, le président de l'U2P. Le pourcentage d'apprentis avoisine 13% des effectifs dans la boulangerie. Dans le bâtiment, après une baisse de 2012 à 2016, le nombre d'apprentis est reparti à la hausse.

En faire bénéficier les jeunes sans formation

Une évolution qui s'explique, selon Alain Griset, par "l'image de plus en plus positive" des apprentis. Le ministère met en avant le travail réalisé pour modifier les mentalités françaises sur cette question. Ainsi les vidéos réalisées partout en France par des apprentis eux-mêmes ont totalisé 16 millions de vues sur les réseaux sociaux.

Un - gros - bémol, toutefois, dans ce tableau plutôt riant : les jeunes les moins qualifiés, qui sont aussi les plus éloignés de l'emploi, sont ceux qui profitent le moins de ces dispositifs. "Alors que, depuis 2005, le nombre d'apprentis en master et grandes écoles a bondi de 10,6% par an, il a régressé de 1,5% par an chez les bacs pro et les CAP", résume Bertrand Martinot.

Et ce mouvement s'est encore accentué depuis deux ans : le nombre d'apprentis super-diplômés a bondi de 24% par an depuis 2015 ! Être rémunérés permet aux futurs ingénieurs et autres étudiants en école de commerce de financer des études souvent onéreuses.

"Ce dispositif devrait aller en priorité aux moins diplômés, touchés par un taux de chômage élevé", poursuit Bertrand Martinot, qui pointe le risque "que les inégalités entre les plus et les moins diplômés continuent à s'accroître".

S'il n'y a pas de recette miracle, une piste pourrait être de poursuivre les efforts faits sur l'image de l'apprentissage avant le bac : actuellement, seul un jeune sur 20 fait le choix de cette voie de formation à la fin du collège.

 

Source : Le Parisien - Lire l'article en ligne ici.

Illustration ci-dessous : aux Compagnons du devoir à Pantin (Seine-Saint-Denis), les apprentis augmentent chaque année et de nouvelles formations sont proposées.





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Domaine
Entreprises
Date
mardi, 11 février 2020
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