"Le Tarn a vocation à devenir une vraie destination de vacances"

Lieu :
Tarn

Pour faire face à la crise sanitaire du Covid-19, le département du Tarn a multiplié les initiatives de soutien à l’économie. Un focus particulier a été mis sur le tourisme, avec une stratégie de communication que détaillent ci-après le Président du Comité Départemental du Tourisme Paul Salvador et sa directrice, Valérie Escande. Interview croisée.

Touléco Tarn - L’activité touristique a toujours existé dans le département du Tarn. Néanmoins, elle a quand même pris beaucoup d’importance ces dernières années, notamment depuis le classement Unesco d’Albi. Quel est votre regard sur le tourisme tarnais ?

Paul Salvador - Le tourisme, c’est un peu l’industrie des pauvres. Mais ça ne veut pas dire qu’après, on ne devient pas riche. Le Tarn n’entrait pas dans ce cas de figure. Nous avons eu une industrie forte, avons été le deuxième département industriel de Midi-Pyrénées. Dans l’Aveyron et le Gers, le tourisme a démarré très tôt. Mais chez nous, cela a mis un peu plus de temps. Il a fallu attendre malheureusement qu’une part de l’activité industrielle disparaisse pour que l’on sente la nécessité d’un accompagnement économique avec le tourisme. Cela a commencé au milieu des années quatre-vingts. Et cette activité a augmenté et a pris des galons. Certes, le tourisme existait avant : Albi, le Sidobre, Lacaune, les bastides du Nord du département, le Lauragais aussi avec Lavaur qui est une ville magnifique issue de la richesse du pastel... Petit à petit, l’activité d’hébergement, corolaire de toute activité touristique, s’est développée. Le département a accompagné ce développement par des aides à la création de gîtes et de chambres d’hôtes. Les communes, voyant arriver cet élan touristique, s’en sont emparées à leur tour. Et au final, nous sommes tous convaincus que le tourisme a amené un fort développement global et général dans le Tarn.

Valérie Escande - On a la capacité dans le Tarn à devenir une vraie destination de vacances. C’est une réflexion basée sur des études factuelles qui relèvent que la destination se différencie par sa diversité. Nous sommes un département très riche grâce à une offre culturelle, naturelle, patrimoine, vingt-deux entités paysagères... C’est la grande force du département.

Touléco Tarn - L’époque est aujourd’hui différente, avec un premier semestre 2020 marqué par la crise du Covid-19.

Paul Salvador - Globalement, l’accompagnement institutionnel du tourisme prend toute sa mesure dans le Tarn. Que ce soit au niveau du conseil départemental, des offices de tourisme, de la chambre de commerce... Tout le monde est au rendez-vous pour accompagner cette activité économique, de l’hôtellerie, qui est le volet le plus professionnalisé, jusqu’à l’hébergement d’opportunité comme les gîtes ou les Airbnb. Le Département a fait le choix, avec son Comité Départemental du Tourisme, d’accompagner cette activité économique. On a un budget relativement important, de l’ordre d’un peu plus de 2 millions d’euros, dont 60 % alloués à des actions de communication. Quand est arrivée la crise du Covid-19, nous avons très tôt imaginé une campagne de communication pour rappeler aux Occitans que, s’ils ne pouvaient pas partir loin, ils pourraient quand même faire du tourisme chez eux, que les départements étaient capables de les accueillir, et parmi eux, le Tarn. Rapidement, nous avons ciblé Toulouse et Montpellier. Mais la difficulté, c’était de savoir si on démarrait et quand on démarrait. Nous avons souhaité être incisifs et originaux. Et on a donc demandé aux prestataires qui le souhaitaient de nous faire des propositions promotionnelles. Pas forcément sur des réductions tarifaires, mais des petits déjeuners offerts par exemple. Et ils ont joué le jeu.

Valérie Escande - Par rapport à cette campagne de communication, il fallait de la puissance et de la répétition. Nous avons donc investi sur les culs de bus et abribus à Toulouse et Montpellier, avec un dispositif très fort sur le social média. Car avec plus de 150.000 fans sur Facebook, nous avons une des plus grosses communautés touristiques d’Occitanie. Cette campagne, nous l’avons renforcée avec un dispositif physique qui est un triporteur qui s’est baladé dans les rues toulousaine avec l’accroche « Le Tarn vous veut du bien », avec un nouveau magazine et une carte d’activités pleine nature. Donc, une très forte campagne avec quatre temps forts : fin mai, fin juin, mi-juillet et en septembre pour assurer l’arrière-saison. La notion de « bien » n’est pas nouvelle : c’est un travail de fond que l’on mène depuis quatre ans en communication, en développant les notions de bien manger, de bien vivre, des balades du département.

Touléco Tarn - Quels sont vos premiers retours ?

Paul Salvador - Je précise qu’au-delà des moyens financiers, nous avons aussi mobilisé nos équipes, avec plus de quinze personnes mobilisées sur deux mois, sans oublier la sortie du site internet.

Valérie Escande - Nous avons en effet créé un mini-site internet, accroché à notre site institutionnel, avec un état d’esprit commercial. Car nous avons eu 350 prestataires et professionnels du tourisme qui ont adhéré à notre démarche et ont proposé des offres à prix doux et autres offres privilège. Ce site est sorti le 20 mai 2020, trois jours avant la campagne de communication, dès que nous avons connu les mesures post-confinement.

Paul Salvador - C’est compliqué d’avoir un bilan chiffré dans l’été. Une année touristique, cela s’évalue au 31 décembre. Mais on voit bien que notamment dans les réservations de dernière minute, le dispositif a bien marché. Nous avons rencontré un problème d’offres. Nous manquons de capacité sur un certain type de produits : celui de l’hébergement isolé ou protégé, proposant une distraction autour de l’eau ou de la baignade.

Valérie Escande - Tous les gîtes avec piscine affichent complet : il y a eu un engouement pour cette recherche de sécurité et de tranquillité. P.S. : On a du mal à quantifier les retours pour l’instant, mais on a eu pas mal de réservations en direct. Tout cela a bien fonctionné et ce que l’on voit, in fine, c’est que les réservations ont été faites. On a tellement matraqué que les retours ont été concrets.

Touléco Tarn - Au final, que vous a enseigné cette crise du Covid-19 ?

Paul Salvador - Tout d’abord, que l’on a été obligés de faire attention à la cohérence de tout ce que l’on propose. Il est clair qu’au début, les professionnels ne se bousculaient pas sur la procédure d’offres promotionnelles, et puis c’est venu petit à petit. Nous avons même un prestataire, le camping Albi-Rondac, qui propose des bons d’achats chez les commerçants pour chaque réservation ! D’autres proposaient des produits... un dîner offert... Nous avons laissé de la liberté et pour moi, c’est une réussite. Nous allons désormais avoir besoin de qualifier cette opération.

Valérie Escande - Ce que je retiendrai, c’est l’agilité. Il faut vraiment être à l’écoute et savoir s’adapter très rapidement. Les fondamentaux sont restés. Le premier critère des Français en vacances, c’est le budget. Nous nous sommes adaptés à leurs besoins. Nous avons aussi connu une hausse de réservation de 150 % sur les hébergements de type Airbnb. Ensuite, la crise a un peu changé le relationnel avec les autres départements. D’ordinaire, nous jouons collectifs, avec des opérations communes à Paris par exemple. Mais là, pour séduire les Occitans, Toulousains et Montpelliérains, nous avons tous été concurrents les uns des autres. Cela reste bon enfant mais qu’on ne se leurre pas : pour certains, 2020 sera une bonne année touristique.

 

Source : Touléco Tarn - Lire l'article en ligne ici.

Illustration ci-dessous : Paul Salvador, le Président du Comité Départemental du Tourisme et Valérie Escande, sa directrice.



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vendredi, 18 septembre 2020
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